Histoire de notre institution

Les Archives Nationales ont été créées sous le Protectorat Français, établi en 1863. Alors que  le système français de l’administration coloniale  prenait de l’ampleur, le nombre de documents produits augmentait également. Au tournant du siècle, il devint évident que des archives fiables et une gestion efficace des documents s’avéraient indispensables, tout comme la construction d’un dépôt d’archives.

library and archives 1930s smallAu Cambodge, un décret contenant 13 articles fut émis le 19 octobre 1911 par le Résident Supérieur du Cambodge (RSC) établissant alors des bases pour des futures archives centrales à Phnom Penh. Malgré l’émission de cet ordre, peu fut effectivement fait pour créer une telle institution ou pour gérer le problème grandissant des documents produits par l’administration. Lors des années qui s’ensuivirent, les documents furent simplement conservés au troisième étage du bâtiment du RSC, sans qu’aucun archiviste ne soit alors mandaté d’en prendre soin. Cette situation ne changea qu’avec l’arrivée en 1917 de Paul Boudet.  Dans le rapport qu’il écrivit sur les archives du Cambodge, il implora que le décret de 1911 soit honoré et finalement mis en oeuvre. Boudet vit aussi que les livres faisaient l’objet d’aussi peu de soin que les archives ; il recommanda donc qu’un bâtiment pour les archives et un autre pour la bibliothèque soient construits.

Les efforts de Paul Boudet furent récompensés par deux législations importantes adoptées le 29 novembre 1917 et le 26 décembre 1918 qui prévoyaient des lignes directrices pour le classement et la gestion des archives du gouvernement, pour le recrutement et la formation d’archivistes en Indochine française incluant les territoires du Cambodge, du Laos, du Tonkin, d’Annam et de la Cochinchine. Cinq dépôts étaient prévus par le dit décret :

  • Hanoi, siège du Gouverneur Général de l’Indochine, où le dépôt central serait construitlending section 1930s small
  • Saigon, lieu pour le dépôt du Gouverneur de la Cochinchine
  • Hue, dépôt de la Résidence Supérieure d’Annam
  • Phnom Penh, dépôt de la Résidence Supérieure du Cambodge
  • Vientiane, dépôt de la Résidence Supérieure du Laos

Un bâtiment abritant les archives et une bibliothèque fut construit à Phnom Penh en décembre 1924. En octobre 1926, le dépôt actuel des archives fut achevé, situé derrière la Bibliothèque Nationale du Cambodge, près de Wat Phnom au centre de Phnom Penh.

Les archives étaient alors administrées tout comme la bibliothèque par le bureau du Résident Supérieur rapportant au Gouverneur Général de l’Indochine à Hanoi, puis après l’indépendance en 1954 par le gouvernement cambodgien.

reading room 1930s smallLors de la passation au nouveau gouvernement cambodgien, l’administration française rapatria un certain nombre de documents des dépôts coloniaux  vers la France, où ils sont aujourd’hui conservés au Centre des Archives d’Outre-Mer à Aix-en-Provence.

De 1953 à 1975, les gouvernements cambodgiens successifs continuèrent de verser quelques documents aux Archives Nationales pour leur conservation, mais de manière très peu régulière. De ce fait, la majeure partie de l’héritage documentaire de cette période était encore gardée dans les différents ministères au moment de la chute de la République Khmère en avril 1975 et l’arrivée au pouvoir des Khmers Rouges.

Au cours de l’évacuation de Phnom Penh ordonnée par le nouveau régime et les quatre années tragiques qui s’ensuivirent, plus d’un million de personnes ont trouvées la mort. Les personnes éduquées étaient parmi les premières cibles du régime de Pol Pot et il semble qu’aucun membre du personnel des ANC ne survécut. Le bâtiment des ANC, comme la plupart des bâtiments de la ville de Phnom Penh, continua d’exister sans dommages importants mais ses collections en pâtirent considérablement dû à la négligence. Les documents furent jetés des étagères pour y entreposer du matériel de cuisine et des provisions. Les documents furent éparpillés dans le bâtiment, et certains utilisés comme combustibles.  Bien que les mécanismes de contrôle et les cartes-index des catalogues  n’ont pas survécus, la plupart des documents furent épargnés.

Les ANC réouvrirent en 1980, un an après la chute du régime des Khmers Rouges. La nouvelle équipe des ANC s’attela alors à la longue et méticuleuse tâche de remettre les collections en ordre. Avec l’aide d’archivistes venus du Vietnam, les documents furent préservés de manière temporaire pendant les années 1980. Le processus de catalogage de tous les fonds des Archives Nationales fut entrepris à partir de 1995 avec l’aide d’archivistes volontaires venu de l’Australie et de Suisse. Aujourd’hui les riches collections des ANC sont une fois de plus accessible à tous. Une équipe cambodgienne dévouée travaille toujours pour leur conservation et s’occupe avec soin des nouvelles collections reçues du gouvernement ou de sources privées.